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Introduction
Un sondage dans la rue : « Bonjour, quelle est votre ambition ? », « Bonjour,
quel est votre objectif ? » La plupart du temps, ces questions surprennent. Nous
sommes
tellement occupés à vivre que nous ne savons
pas pourquoi nous vivons. A une question
précise, une réponse floue : « Je ne sais pas... Etre heureux sans doute... ».
Le bonheur en effet. Bonheur que tous recherchent mais qui semble échapper à
beaucoup. « Tout le monde recherche le bonheur, même celui qui va se pendre
» a dit le mathématicien, physicien et philosophe français Blaise Pascal.
Bonheur fugace, instable, éphémère. Un instant, je crois le saisir. Le bonheur
est là, il m’appartient enfin. Cette fois, c’est sûr, je suis heureux : c’est le
succès aux examens, la promotion, le mariage, la naissance de l’enfant... Mais
l’instant d’après, je déchante : c’est l’échec, le chômage, le divorce,
l’adolescence difficile...
Le bonheur ? Un petit tour et puis s’en va.
Et plus le bonheur est intense, plus la désillusion risque d’être grande, plus
je tombe de haut. Eh oui ! Le malheur, avec le bonheur, c’est qu’il débouche
nécessairement sur le malheur…
A trop nous focaliser sur le bonheur, nous courons donc le risque d’être
régulièrement insatisfaits.
Car nous avons tendance à désirer ce que nous n’avons pas et il ne nous sera
jamais possible de posséder une fois pour toute le bonheur.
Et si nous abandonnions un peu la
stratosphère de la félicité pour revenir
enfin sur Terre ? Et si nous limitions notre ambition à quelque chose de plus
maîtrisable ?
Je ne suis évidemment pas en train de suggérer un refus du bonheur. Ce serait
absurde. Si le bonheur est à notre portée, embrassons-le avec délectation!
Loin de moi l’idée – véhiculée par certains amoureux déçus – selon laquelle il
vaudrait mieux éviter la passion afin de ne pas courir le risque d’être
malheureux. Ne pas s’envoler pour ne pas avoir à atterrir. Niveler par le bas.
Vivre moyennement pour avoir des sentiments moyens. Pas de malheurs. Pas de
bonheurs. J’attends. J’observe… et
je finis par m’ennuyer ferme !
Non, ce que je propose est plutôt de laisser le bonheur tranquille, de le
laisser virevolter tranquillement, comme un papillon de fleur en fleur, et de
nous concentrer sur ce que nous pouvons mieux contrôler :
notre vision du paysage !
[...]
Si la pluie m’ennuie, c’est au regard de ce que je comptais faire à l’extérieur.
Si l’araignée me fait peur, c’est à cause de mes croyances ou expériences
passées. Si son discours me met en colère, c’est davantage de ma faute que de la
sienne : c'est
mon interprétation
qui rend la situation désagréable, pas ses paroles ! Que cela me plaise ou non,
le monde prend goût (sucré, acide ou basique) à mon contact. Mes sens et, plus
encore, mon esprit jouent le rôle de filtres.
En fait, nous ne percevons que 1% environ des quelques 20 mégabits
d'informations qui bombardent notre cerveau chaque seconde. Nos sens participent
donc nécessairement à une "personnalisation" de l’événement. L’événement ne
"vaut" que par rapport à ma propre perception.
Je suis responsable de ma vision du monde.
Bref,
j’ai le choix
et c’est une excellente nouvelle! Je peux me morfondre de chaque contrariété ou
devenir adepte du lâcher prise. Je peux être bringuebalé au gré du vent ou
prendre la posture du roseau, qui plie mais ne se brise pas. Je peux réagir
mécaniquement à chaque stimuli ou prendre le parti de l’action consciente. Ce
faisant, je ne serais pas moins heureux lorsque subviendront des circonstances
favorables – au contraire ! – mais je serais nettement moins affecté par les
événements douloureux qui parsèment l’existence.
Est-ce à dire que je pourrais tout contrôler ? Evidemment non. Heureusement non.
Il y aura toujours des événements plus forts que notre sérénité. Ce qui ne nous
tue pas nous rend, parait-il, plus fort mais pas nécessairement plus heureux… ou
plus humain.
Ne confondons pas violence et force.
« La véritable force est celle que nous exerçons à chaque instant sur nos
pensées, nos sentiments, nos actes » disait Morikei Ueshiba, le fondateur de
l’Aïkido. Certes, mais il y aura aussi des moments d’abandons.
Comment atteindre la sérénité ? S’isoler ou se couper de la société serait sans
doute la méthode la plus simple mais elle ne m’apparaît pas – du moins sur le
long terme – comme une attitude très digne ou responsable. Le destin a voulu que
nous naissions dans un cadre et un contexte spécifique et c’est dans cet
environnement – somme toute relativement privilégié – qu’il conviendra
d’apprendre à vivre du mieux possible. Tel est le challenge de l’existence, tel
est notre devoir :
être le mieux possible, là où nous sommes,
dans l’instant présent !
Bien sûr, comme le présent est pesant, nous préférons souvent être ailleurs.
Dans la nostalgie du passé, dans l’espérance du futur ou devant la télévision,
rares sont finalement nos moments focalisés sur le présent. « Carpe Diem :
cueille le jour présent » clamait pourtant Horace. « Le paradis terrestre
est où je suis » répliquait pourtant Voltaire.
Facile à dire, n’est-ce pas ?
Telle est pourtant la seconde promesse de la plénitude : non seulement mieux
supporter les tracas et les imperfections – chez soi comme chez les autres – et
donc au final être plus heureux, mais aussi
être davantage sensible et réceptif à la
générosité de l’instant présent.
La sérénité est une force intérieure qui illumine. Elle permet à la fois un
meilleur contrôle de notre esprit et une plus belle attention à la vie. «
Commençons donc par nous appartenir à nous-mêmes » conseillait Sénèque. En
parallèle avec le « connais-toi toi-même » de Socrate , c’est à cela que
nous convie l’exercice de la plénitude : une
vie plus intense et plus riche… mais aussi plus personnelle.
Nous avons le choix !
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