Manifestations

Les crises d’asthmes et de toux se
multiplièrent. Les médecins croulèrent sous les appels mais,
impuissants à expliquer le phénomène, ils eurent beaucoup de mal à
convaincre leurs patients désemparés qu’il n’y avait « rien de grave
», que tout était normal.
L’idée que le poumon de la planète était progressivement vidé de son
oxygène avait marqué les esprits. Chiffres à l’appui, les ponctions
des « visiteurs » semblaient considérables.
Selon les sondages, 63.4% de ceux qui avaient assisté à la scène
notèrent une dégradation de la qualité de l’air. Le pourcentage
grimpa même jusqu’à 86% dans certaines villes. Près de 22% des
sondés affirmèrent en outre éprouver une gêne respiratoire.
Des centaines de milliers de personnes descendirent spontanément
dans les rues pour réclamer du gouvernement des mesures rapides et
concrètes : imposer un moratoire sur le pillage des ressources
terrestres, renvoyer les envahisseurs chez eux et, pour faire bonne
mesure, garantir une fois pour toute à chaque citoyen un air de
qualité !
C’est à cette occasion qu’Hélène Loutrevil fut interviewée pour la
première fois. Saillante trentenaire, elle tenait à la main une
pancarte dont le slogan allait bientôt être repris dans tout le pays
: « De l’air ! » Elle fut présentée comme la présidente de
l’Association Lib’Airté.
– Pourquoi manifestez-vous, lui demanda le journaliste ?
– Je suis dans la rue parce que je n’aime pas du tout le programme
qui passe en ce moment à la télé, répondit Hélène. Impossible cette
fois de zapper ou de se rendormir. Le danger est trop grand pour
rester inactif!
– Vous pensez réellement pouvoir faire une différence ?
– Maintenant que vous me donnez la parole, certainement ! J’aimerais
ainsi lancer un appel à tous les citoyens qui nous regardent et qui
souhaitent continuer à respirer librement : sortez et venez nous
rejoindre ! On respire bien mieux dans la rue de toute façon…
(1)
– Votre slogan « De l’air ! », à qui s’adresse-t-il ?
– Il s’adresse d’abord, c’est évident, à ces sangsues qui viennent
nous pomper nos vies : rentrez chez vous, du vent, du balaie, de
l’air ! Malheureusement, comme je doute qu’ils comprennent nos
injonctions – aussi amicales soient-elles – cela s’adresse aussi à
nos gouvernants : à défaut de nous débarrasser de ces parasites,
travaillez au moins à limiter les sources de pollution. La
respiration est un droit absolu et nous entendons libérer l’air de
toutes les saloperies terrestres ou extra-terrestres qui s’y
trouvent. C’est cela la lib’airté !
[...]
(1)
Dès 2002, le magazine Que Choisir alertait les Français: « Trois
logements sur quatre pollués par des substances chimiques. » En
cause, le radon, les revêtements de sol, les peintures mais aussi
les meubles en agglomérés ou les parfums d’ambiance chimiques… «
Entre douze et quinze heures par jour, nous respirons un air bien
plus pollué que celui de nos rues. Et ça se passe chez nous, à la
maison ! […] Dans un logement sur deux, le taux de poussières fines
(venue entre autres des sols plastique) est supérieur au maximum
acceptable pour l’air extérieur. […] Les fabricants de meubles […]
pourraient être obligés d’afficher les niveaux d’émission de leurs
bois contreplaqués et agglomérés. » précisait le magazine
Capital de Février 2007.
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